Cocktail Mascarade

Son histoire

Sa cruauté ne lui a pas servi.

Bien sûr qu’elle défend son usage.
Elle accuse l’incendie intrinsèque qui la force à cracher tous ses feux sur autrui.
Refusant de faire face à son antre calciné, elle finit par cacher son visage.
Elle préfère se faire partiellement invisible.
L’enfer qui l’habite lui semble invincible.
C’est lorsqu’elle arrive à détruire,         à son tour,
qu’elle retrouve l’espoir de contrôle.

Pyromane, va.
Au moins, se dit-elle, elle remporte enfin quelques victoires.
Mythomane, va.
Si les luttes se font rares, elle peut concocter quelques histoires.  
N’importe quoi justifie les ruines de toute la confiance qu’elle a brisée.
Ne cherche pas, la logique a depuis longtemps disparu en fumée.

Il lui faut abolir le calme.
Le silence qu’il amène n’en est pas vraiment un.

Même sans être attentif on entend les crépitements des flammes qui infectent ses entrailles. Ces petits claquements lui rappellent sa faiblesse dont elle blâme l’aspect sentimental.

La colère à un rôle important à jouer.
Elle protège des infâmes, elle les cadre, elle les gère et
elle les remet à la bonne place.
Ce n’est pas à sa colère que tu as gouté.
Elle a joué avec toi, passant de masque en masque,
chaleur et,
soudainement,
de glace.

Trop compréhensive, tu as brûlée vive, victime de vouloir en faire trop.
Ta rogne ne s’est pas déclenchée même après
un festival de rouges drapeaux.
Pourtant tu savais, tu n’es pas si sotte, qu’il y avait danger à ta porte.
Tu lui as ouvert en toute assurance
parce que tu te sais         très forte.
Le risque de s’offrir et s’ouvrir à une autre
ne devait pas causer tant de pertes.
Tu dois commencer à croire que c’était réellement difficile à prévoir.
L’ivresse de l’amour et de son imposture cède enfin place à la tristesse.
Un jour tu pourras t’en réjouir.
Pour vivre, il faut d’abord ressentir.

D’ici là tu languis une personne qui n’a possiblement
jamais existé.
Tu pleures une part de toi réservée à celle qui
jamais n’oserait te blesser.
Assise patiemment à travers les décombres,
tu attends,
et tu apprends.
Tu suis chaque écho       de crépitements pour les éteindre
tendrement.

Par nécessité, en prenant tout ton temps, tu deviens coupeur de feu.
Tu renouvelles tes voeux,
en faisant la promesse d’honorer ta colère protectrice.
Sois fière des vestiges de tous tes sacrifices.
Les cendres au sol sont créatrices.


Oublie toute envie vindicative,
la cruauté jure beaucoup trop avec tes yeux


Cette toile a été conçue dans un processus de guérison. "La colère a un rôle important à jouer", c'est une manière d'honorer notre réaction face à l'injustice qu'une trahison relationnelle. Faite de plusieurs objets recyclés, la sculpture réincarne l'idée de redonner fonction à ce qu'on penserait jeter. 

Guérir ne consiste pas à tout oublier le mal qu’on a vécu, mais plutôt de pouvoir s’en rappeler et d’en retenir une leçon pour mieux naviguer le monde, la tête bien haute.